jeudi 8 octobre 2015

BOLIVIE - Cordillera de los frailes


On s'est décidée pour un trek de 2 jours avec l'agence Ximena pour 1400B pour 2 jours. On devrait aller voir des peintures rupestres, de magnifiques paysages de montagnes, dormir dans un petit village quechua, passer a côté de cascades, et finir au village de marawa, au fin fonds d'un cratère formé, parait-il, par une météorite. 

On part le jour de l'anniversaire de maman! Fêter ses 70 ans en Bolivie avec un sac de bagpacker sur le dos, c'est la classe quand même!

RDV 8h a l'agence. Maman a le bouquet d'agapantes, que je lui ai offert la veille, accroché au sac à dos :-)



Notre guide s'appelle Crispin, il a 22 ans, et des Ray Ban! Il est d'origine quechua, et parle donc ce dialecte, l'espagnol, et essaye d'apprendre l'anglais. Il a l'air super sympa et très communicatif, ce qui nous change de notre dernier guide qui était un peu blasé!

Pour que ça coute moins cher, on part en transports publics. Après 30 min d'attente, on prend un micro avec une bande de jeune. Franchement, je les aurais crus espagnol, blanc, sac a dos, lunettes de pop star, mais ce sont des boliviens de la bonne société. Le poste sur les genoux, musique commerciale internationale à fonds, ça rigole, avec quelques blagues moqueuses sur les vendeurs ambulants qui nous accostent et ne vendent même pas de chewing gum. 



On arrive au point de départ, la Iglesia de San Juan Chiquitila. Pendant que les jeunes boliviens descendent leur 1ère bière, on a droit aux explications sur les rites catholiques quechua. La robe de la vierge en triangle symbolise la patchamama. Bougies, sodas, feuilles de coca en offrande.



On commence a marcher sous le canard, avec un soleil intense, dans une zone désertique. On est à 3500m. On longe un chemin pavé semblable a celui de l'inca.








A la pause déjeuner, surprise du guide. Il a planté une bougie sur un petit pain et écrit "filez cumpleanos" au sol avec des branchages. C'est chou! Quand a moi, je tente un joyeux anniversaire a l'harmonica...y'a encore du boulot!





Ca grimpe jusqu'aux peintures rupestres! Franchement, ce serait incapable de dire si on les a fait hier ou il y a des milliers d'années. Il ne reste plusgrand chose, le guide nous dit qu'il y a une vingtaine d'années, le site a été pillé et des bouts de roches avec de belles peintures ont été volées.
























On marche pas mal mais ça passe vite. On papote en traversant des paysages arrides. Au grand bonheur de maman, on fait souvent des pauses bananes :-)






Cris nous racontes les noms et usages des plantes, son histoire aussi.



Il vient d'un petit village quechua aux alentours de Sucre, dans les montagnes. Sa mère n'a pas choisi son père, c'était comme ça à l'époque. Son père est décédé il y a quelques mois. Il a 6 frères et soeurs. Certains vivent a Santa Cruz, d'autres a Sucre, une soeur vit en Argentine. C'est grâce à elle, sa seconde maman comme il dit, qu'il peut étudier. 

Sa soeur l'a encouragé à étudié et l'aide financièrement. Du coup, il est guide et étudiant en même temps! Ils commencé a être guide a 17 ans. Sacré courage! Pas facile nous dit il. Beaucoup d'employeurs voient d'un mauvais oeil ce double statut. Idem du côté des professeurs. Il a été renvoyé de sa classe d'anglais car il ne pouvait pas assister à l'intégralité des cours. Du coup, il doit se payer des cours privés et il envisage de se mettre au couchurfing pour discuter en anglais!

A 22 ans, il a des projets et des rêves plein la tête, c'est beau à voir. Son rêve le plus cher est d'ouvrir une agence de tourisme à La Paz, et d'avoir des filiales a Sucre, Cochabamba, Uyuni..Pour l'instant, il a un projet de fin de diplôme qui lui tient à coeur. Il s'agit d'ouvrir un sentier carrossable à cheval à Tarabuco, jolie petite ville fréquentée par les touristes uniquement pour son marché. Le projet à l'air d'emballer la municipalité mais le problème est de trouver des chevaux en bonne forme et suffisamment dociles pour trimballer des touristes. Il adore les chevaux. Quand il était petit, ses parents en avaient 2 pour les travaux des champs, et il s'en occupait dès qu'il pouvait. Il gardait le troupeau aussi. 

Il mettait 1h a pied pour aller jusqu'à son école. A l'âge de 10 ans, il est parti à l'internat. A 14 il est allé étudier a Sucre. Il a été hébergé chez sa tante puis chez sa soeur. Quand sa soeur est partie en Argentine, il a du se prendre en charge financièrement à 16 ans et travailler. Quand sa soeur a pu, elle l'a aidé pour qu'il poursuive ses études dans le tourisme. 

En descendant sur le village de Chaunaca ou l'on passe la nuit, on croise plein de champs de patates. 







maison en cours de construction

En arrivant au village, la personne chargée de nous ouvrir une "cabana" (logement pour les touristes de passage) est pas là. Pas de clef, pas de cabana! On dormira chez Dona Augustina, une vieille quechua toute ridée de 98 ans! Sacrément en forme pourtant. Elle tient un petit magasin, tricote, tisse, cuisine, reçoit les voisins pour papoter et chope les poules 2 par 2 pour les abriter avec une énergie dingue! Quand je lui dit que c'est les 70 ans de maman, elle nous répond qu'elle a une fille de 70 ans qui vit a Sucre...de quoi relativiser! Je souhaite à maman d'avoir la même pêche a cet âge là!




le magasin qui fait aussi office de chambre et de salon!























On est contentes d'arriver car la pluie et l'orage s'annoncent! On pense aux jeunes boliviens qui vont dormir sous tente ce soir...



La maison est simple, 4 petits bâtiments et une basse cour.







On prépare la popote tous ensemble. La cuisine est plutôt rudimentaire, mais il y a une cuisinière! Pas de douche en revanche...




étagères recyclées

un peu de graisse pour la cuisine...mmmmm!
Quant à nos lits, je pense que les matelas sont en paille! On craint un peu les puces et le froid! Finalement, tout ira très bien et avec la fatigue on dormira comme des bébés, sauf notre guide qui est malade et qu'on fourni en doliprane!



Ne pas oublier la banane!

On se lève tôt le 2ème jour. Oups, le guide pensait qu'on avait pris notre eau et on doit en acheter en chemin. De crainte de ne pas en trouver, on se prépare du thé dans une bouteille. En partant, maman donne une agapante de son bouquet a Dona Augustina.







En partant de Chaunaca, on croise une dame bien chargée et on l'aide a porter un mystérieux breuvage délicieux et parait il bon pour l'estomac. Elle tient une petite échoppe a 15 min a pied de là et c'est elle qui nous vendra de l'eau, ouf!










































Le chemin grimpe plus que la veille. On s'arrête à une cascade sortant de la roche. Maman se casse la binette en traversant un ruisseau! Aie! Plus de peur que de mal, il faut juste faire sécher le passeport et les billets d'avions qui étaient dans sa pochette ventrale...









On arrive à Marawa, village construit au fonds d'un cratère creusé par une météorite. Paysage splendide. On peut observer les couches de sédiments déposés au fil des millénaires qui forment des lignes ondulant. Dur d'imaginer que c'était la mer ici avant.





ici, on fait sécher le maïs dans les arbres, il sert à nourrir les bêtes

Au village, on visite des tisserandes. Leur travail est très fin, mais cher 1200B pour un tissage de 50x50. 3 mois de travail justifient le prix, mais c'est le prix de notre trek de 2 jours, je peux pas trop me permettre ce genre de folie malheureusement. On voit des ateliers de tissages abandonnés. La fondation ASUR qui lutte pour la conservation des arts indigènes avaient mis en place ces ateliers pour permettre au village de maintenir sa culture du tissage et d'en vivre grâce aux touristes. Mais ça n'a que peu fonctionné, les tisserandes ont préféré vendre elles mêmes directement aux touristes.





on goute une préparation sucrée a base de maïs, un délice!

Retour. Après avoir bien avancé, je m'aperçois que j'ai oublié mon super chapeau"anti UV". Demi tour. Le chauffeur n'est pas content, mais comme il a mal à la tête, on lui donnera la fin de notre boite de doliprane pour s'excuser! Avec l'énorme boule de coca qu'il a dans la joue, ça va le requinquer je pense! Quant a notre super guide, maman lui donnera son opinel en guise de pourboire, pour le remercier de sa gentillesse.






















mercredi 7 octobre 2015

BOLIVIE - Sucre

Arrivée a Sucre tôt le matin, pas très fraiches! On déconseille les bus de la compagnie Unificado...très tape cul!



Après un hotel bien glauque conseillé à la gare routière, on arrive a la casa de huespedes Wasi Masi, qui signifie en quechua "la maison familiale". Pas cher (50B le lit en dortoir petit de compris!), dortoir et SDB nickel, casiers qui ferment a clefs, une cuisine, une cour extérieure accueillante et calme, possibilité d'échange de bouquins, petit dej copieux...c'est juste parfait! De petites bonnes femmes quechua aux longues tresses s'occupent de faire marcher tout ça avec gentillesse et bonne humeur.



Sucre est une belle ville coloniale tout en pentes.







Les gens sont beaucoup plus typés quechua ici.

C'est agréable de se promener. Il fait bon, on respire, les gens sont détendus.

Aux passages piétons, des personnes habillés en costumes de zèbre sont payés pour faire la circulation et doivent avoir la consigne d'être de bonne humeur car ils sautillent et disent bonjour, avec un air parfois un peu bêta...ils doivent crever de chaud la dedans!



bus local, 1.5B


Sur la place principale, on croise une manif de femmes quechua qui crient "justifia". Je n'ai pas vraiment de réponse quand je demande en espagnol les raisons de cette manif...timidité ou elles ne parlent peut être pas bien espagnol.



Tenue type de la femme quechua : Chapeau de feutre ou de paille, 2 longues tresses pendant dans le dos avec des boules noires en perles au bout, un haut pastel avec perles si possible aux épaules bouffantes, une jupe en velour de couleur, des collants et guêtres en laine d'alpaga, des ballerines parfois en pneu recyclé. Et bien souvent, un bébé avec bonnet dans le dos soutenu par le fameux tissus rose fushia traditionnel.



On visite le musée de los mascaras, avec une collection de masques de différentes ethnies, plus beaux les uns que les autres. Certains ressemblent aux basques chinois, d'autres aux masques africains ou vénitiens. C'est fou d'imaginer les kilomètres que ces cultures ont parcourues pour se rencontrer et se mêler.








Petit tour au cimetière, lieu de balade des habitants car il est frais. C'est un lieu très animé contrairement a ce qu'on voit en France. Des aveugles récitent très rapidement des prières pour des familles endeuillées. Ici, les cercueils sont emmurés dans des murs qui font bien 6m de haut. Chaque cercueil a son
petit autel d'1m sur 50cm, souvent bien tenu avec photo, fleurs, sodas et autres offrandes. De jeunes garçons louent des échelles pour accéder aux tombes les plus hautes.

J'offre une agapante à maman, une de ses fleurs préférés...son anniversaire est demain!!! Petit gage...l'emmener en rando!




On croise une super cabine téléphonique dinosaure!



Place et couvent de la Recolleta. Magnifique vue sur Sucre.








Sur la place, les écoliers sont là en rangs d'oignons. Une colonne de fille, une colonne de garçon. On mélange pas les torchons et les serviettes chez les franciscains! Une centaine de petits bouts de choux de 6 à 12 ans écoutent le discours du directeur au micro. Visiblement, c'est un jour important, le tribunal de La Haye juge l'affaire qui oppose la Bolivie au Chili. La Bolivie s'est fait piquer son accès à la mer par le Chili en 1879 après avoir perdu la guerre, et veut le récupérer. Bizarre de voir le décalage entre le discours, le directeur passionné, et les enfants qui ne pensent qu'à jouer et s'amusent à applaudir ou a crier "que viva bolivia"lorsque professeur le dit. Une vraie démonstration de puissance de l'identité nationale bolivienne...








On visite le musée de la fondation ASUR qui lutte pour la préservation de la culture et des traditions des ethnies de la région. Superbes tissages représentants des animaux de l'inframonde, vidéos de danses étranges sur sons cacophoniques, instruments de musiques, costumes... le musée est très riche, et la gardienne du musée, très sympa, tisse aussi!





Achats au marché. Super ambiance. Il y a de grands stands avec des fruits montés en pyramides. On peut prendre un jus pressé à côté du stand de patates. Il existe plus de 20 variétés de patates ici et certaines sont presque sucrées! Echoppes de produits de beauté, viande et fromage en plein air, tête de veau entière par terre, plantes aromatiques, épices, stands de sorcellerie, gâteaux crémeux à l'américaine dégoulinants...on trouve tout et n'importe quoi!